Visitez le Philanthro-Lab, écrin parisien mettant le beau au service du bien

Il y a 2 semaines 42

Il fait partie du club assez restreint des lauréats du concours Réinventer Paris à être déjà pleinement opérationnel. Voici le Philanthro-Lab, un ancien hôtel particulier du 5e arrondissement construit entre les 15e et 18e siècles et qui accueillait encore jusqu’à peu des services administratifs de la Ville de Paris avant de devenir un incubateur de projets philanthropiques. Un projet complexe porté par la Compagnie de Phalsbourg et son PDG fondateur, Philippe Journo, déjà très investi dans cette activité. Malgré les obstacles, ce projet lui a mieux réussi pour l’instant qu’un autre lauréat de Réinventer Paris: le projet 1000 arbres où la Compagnie de Phalsbourg est également engagée mais dont la justice vient d’annuler le permis de construire.

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Pour ce Philanthro-Lab, la rénovation et le réaménagement complet des lieux (pas loin de 2000 m²) ont coûté près de 16 millions d’euros pour un budget global de 40 millions avec l’acquisition du bâtiment, au prix du marché selon Philippe Journo. Au-delà du travail architectural mené par le cabinet Perrot&Richard pour redonner vie à ce bâtiment historique ayant connu de multiples usages, les lieux ont été entièrement repensés et redessinés par Ramy Fischler. C’est ainsi que sont nés des espaces de coworking, des lieux de réception et conférences et même un renversant toit-terrasse sur plusieurs niveaux avec vue directe sur la prestigieuse voisine: Notre-Dame (même si elle ne se donne pas encore à voir sous son plus beau jour...). «C’est un projet sophistiqué, avec des usages ambitieux, explique le designer Ramy Fischler. C’est un choix parfaitement assumé, nous ne voulions pas faire quelque chose qui s’excuse d’exister. Il faut arrêter de penser que le beau n’est pas pour nous.»

Des objets qui poussent à la discussion

L’intérieur a été aménagé selon un principe assez simple: les aspects patrimoniaux exploitables du bâtiment ont été valorisés au mieux et tout le reste a été traité de manière très contemporaine. On retrouve cette dichotomie au sol avec des coloris ou des matériaux différents pour marquer les parties anciennes et contemporaines. Le designer s’est notamment amusé avec la forme caractéristique des fenêtres en ogive du bâtiment que l’on retrouve sur les bureaux de coworking et même sur une bibliothèque. De hautes étagères ont également été installées dans ces espaces pour y mettre de la vie au fur et à mesure et elles sont parsemées de curieux blocs de terre crue. «Ce sont des objets qui intriguent, qui sont là pour pousser à la discussion», souligne Ramy Fischler.

Parmi les équipements de cet incubateur, on trouve notamment une très vaste salle au rez-de-chaussée pour recevoir des conférences et colloques liés au mécénat, un studio radio pour les besoins médiatiques ou encore un petit amphithéâtre intimiste aménagé avec deux niveaux de gradin dans la rotonde. C’est ici même que se trouvait autrefois une salle de dissection dans ce qui fut la première école de chirurgie parisienne... Au dernier étage, juste avant d’accéder aux terrasses (voire notre diaporama) on trouve un espace lounge/bar à côté d’une salle de réunion assez formelle sous une élégante charpente. «Quand il faut lever de grosses sommes d’argents et signer des engagements, cela ne se passe pas toujours en pleurant», s’amuse Ramy Fischler. «Nous voulons pouvoir accueillir toutes ces associations qui œuvrent pour la philanthropie dans des conditions topissimes, surenchérit Philippe Journo. J’en ai assez de ces bâtiments publics qui donnent l’impression d’un concours de misérabilisme.» Des performances de haut vol sur le plan esthétique mais également écologique par le choix des matériaux sans oublier les économies d’eau ni le fait qu’il s’agit du premier monument historique chauffé par géothermie.

Éviter le luxe ostentatoire

Toute la question a été de faire beau, sans tomber dans le luxe ostentatoire. «Nous avons choisi Ramy Fischler car nous savions qu’il ferait beau et juste et ce second point est essentiel», souligne Philippe Journo. Une opinion partagée par Axel Dauchez, fondateur de la plateforme de concertation citoyenne Make.org, qui occupe des bureaux sur place depuis quelques mois avec son équipe de 50 personnes. Comme les autres occupants des lieux, il loue ici à prix modique, de l’ordre de 150 euros par mois par poste de travail. «Au début, c’est un peu impressionnant, il y a une telle exigence d’exécution, une telle volonté de faire ce qu’il y a de mieux que certains ne se sont pas sentis immédiatement à leur place, avoue-t-il. Mais c’est rapidement devenu un motif de fierté. On peut rassembler ici les centaines d’associations avec lesquelles nous travaillons et l’on se sent vraiment reçu. Moi qui passais mon temps chez les clients, maintenant je les fais venir sur place.» C’est ce pari du beau au service du bien que les concepteurs du Philanthro-Lab espèrent gagner sur le long terme.

Et pour que la visite soit complète, il reste encore à faire un tour au sous-sol ,seule partie inachevée. C’est ici que s’installera un restaurant qui bénéficiera de lumière naturelle grâce à l’oculus percé dans la cour intérieure. Sa couverture de métal poli amplifie la luminosité et la pluie viendra alimenter en eau un petit jardin des simples. Autre surprise de ce niveau inférieur: les fondations de la rotonde qui tiennent sur une seule colonne. Décidément cet endroit ne manque pas d’occasions et de motivations pour s’intéresser à la philanthropie et devrait rallier un public grandissant.

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