Val de Marne : Noiseau vent debout contre la future prison

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Qu'importent les clivages et les postures politiques, évidemment exacerbés en cette période électorale. Les élus du Val de Marne entendent bien donner de la voix le 29 mai prochain lors de la marche de protestation organisée contre le projet de nouvelle prison à Noiseau.

Officialisée par le premier ministre Jean Castex dans le cadre du plan « 15.000 places en prison » , l'annonce de cette construction a attisé la colère des opposants au projet. Cela fait déjà plusieurs années que la petite commune du Val de Marne (5.000 habitants) est, à son corps défendant, pressentie pour accueillir le deuxième centre pénitentiaire du Département. Un temps dans les cartons, le projet paraît désormais presque bouclé. Ne reste au ministère de la Justice qu'à trancher entre deux terrains, tous deux situés à Noiseau, de part et d'autre de la D136.

Proximité du tribunal

« Des besoins très clairs ont été identifiés sur le territoire francilien, et Noiseau correspond aux critères. La commune est proche du tribunal judiciaire de Créteil, ce qui facilite les temps de trajets lors des extractions. Elle dispose de terrains, puisqu'il faut compter 9 à 16 hectares pour un établissement. Enfin, des connexions aux transports existent et peuvent être facilement améliorées » explique-t-on à la Chancellerie.

A l'appui de sa décision, le ministère de la Justice rappelle que ce plan immobilier pénitentiaire vise à améliorer les conditions de détention et à soulager des prisons surchargées, dont celle de Fresnes qui souffre d'un taux d'occupation de 127 %. Mais pour bon nombre d'élus, une seule prison dans le Val de Marne, c'est bien suffisant. « Les 800 places viendraient s'ajouter aux 1.500 places du centre pénitentiaire de Fresnes, particulièrement vétuste et dont les travaux de réhabilitation tardent », s'irrite le président communiste du Département, Christian Favier.

« Pourquoi Noiseau alors que d'autres villes étaient candidates ? Je ne suis pas contre les prisons, mais ce choix, fait sans concertation des élus, n'est pas le bon » dénonce de son côté Yvan Femel le maire (LR) de Noiseau. L'édile y voit une hérésie au regard de la vocation agricole de sa commune, une rareté dans le Val de Marne. « Noiseau, c'est un tiers de bâti, un tiers de forêt, et un tiers de terres agricoles. Quel que soit le site, cette prison sera bâtie sur des terres aujourd'hui cultivées par un propriétaire privé et dans un espace agricole protégé » déplore-t-il.

Ville et agglomération font surtout valoir que cette implantation risque de bousculer leur projet d'Agroquartier visant à transformer un ancien site de France Télécom mité par un bâti dégradé et une tour hertzienne, en un ensemble de 12 hectares comprenant des terres maraîchères, des logements, des locaux d'activité et un incubateur dédié aux start-up du monde agricole. Après six ans de gestation, la ZAC doit être créée en juin prochain.

La future prison n'est, a priori, pas située sur le site, mais elle n'en sera guère éloignée, et les élus craignent un effet négatif en termes d'image. « Est-ce que les deux projets pourront cohabiter ? L'implantation d'une prison aura forcément un impact » estime le président PS de l'intercommunalité Laurent Cathala. « La proximité de la prison risque de refroidir ceux qui sont intéressés par le projet. Je redoute un impact financier sur son équilibre économique » plaide Yvan Femel

Le ministère de la Justice assure que « la concertation continue » , même si en réalité, cette dernière ne porte plus que sur le seul choix du terrain. Il rappelle aussi que l'arrivée d'une prison a généralement un impact économique positif sur le territoire. « Pour une maison d'arrêt de 700 ou 800 places, il y a souvent autant d'emplois directs et indirects créés », indique-t-on à la Chancellerie, citant une étude du Credoc. Outre le recours aux fournisseurs locaux, le personnel pénitentiaire se loge souvent sur place. Cela suffira-t-il à apaiser les craintes ? Pour l'heure la seconde pétition contre la future prison de Noiseau a déjà recueilli plus de 3.600 signatures. La première avait dépassé les 6.000.

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