Propriété interdite

Il y a 1 semaine 34

En dix minutes, se retrouver à la rue. Basculer soudain de la pauvreté dans la misère. Avec la fin, ce lundi à minuit, de la trêve hivernale sur les expulsions locatives - repoussée de deux mois cette année -, cette peur bleue étreint de nouveau des milliers de Français, soit qu'ils ne paient plus leur loyer, soit qu'ils soient restés dans les lieux sans avoir de bail. Les cris d'orfraie des multiples associations faisant profession de défendre en toute circonstance le locataire face au propriétaire, méritent, bien sûr, une attention particulière quand la crise économique accentue le danger de la précarité.

Après une trêve des expulsions pour impayé en 2020, un effet de rattrapage guette au coin de la rue. Certains entrevoient même un doublement du nombre de délogements, habituellement de 15.000. Bien qu'assortie généralement d'une solution d'hébergement, cette issue fatale est une défaite collective. Un désastre pour le locataire. Un échec pour les services de l'Etat qui, trop lents et trop nombreux, n'ont pas pu la prévenir. Une victoire à la Pyrrhus pour le bailleur, lequel, a fortiori lorsqu'il s'agit d'un particulier, n'en a alors pas fini avec un parcours du combattant d'au moins deux ans, le plus long d'Europe... 

Loueurs solitaires

Ces 5 millions de loueurs solitaires sont les victimes silencieuses d'un système de surprotection des droits du locataire. Un système qui échoue à sauver les mauvais payeurs méritants, enfonce les bailleurs innocents et ne profite finalement qu'à ceux qui abusent. Ici et là, des rustines ont été posées sous forme de garanties de loyers, d'indemnisations par l'Etat, de dotations d'Action logement. Mais, faute d'être faciles d'usage ou simplement connues, elles demeurent insuffisantes. 

Surtout, elles sont loin de contrarier le puissant renforcement des droits du locataire à l'oeuvre depuis plus de quinze ans. Droit au relogement, interdiction des pénalités de retard, encadrement des loyers, expulsions appliquées au compte-goutte (un dixième seulement des décisions de justice ! )... : c'est le petit propriétaire qui fait les frais de cette solidarité à bon compte . Ce Français moyen, souvent contraint de louer son bien pour compléter sa retraite ou payer les études de ses enfants, mérite-t-il moins d'attention que celui qui ne possède rien ? 

De plus en plus méfiant , il est bien utile, pourtant. Même aliéné de son bien, il paie sa taxe foncière. Et c'est auprès de lui que les jeunes ou les candidats sans APL trouvent à se louer, pas auprès des bailleurs publics, qui n'en veulent plus. Dans un récent rapport, le député Nicolas Démoulin (LREM) suggère de mobiliser le parc HLM, en commençant par les milliers de logements vacants, pour reloger les locataires du privé qui ne peuvent vraiment plus payer. Ce serait un juste retour des choses.

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