Immobilier : « accompagnateur rénov' », un métier qui se cherche encore

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Publié le 26 avr. 2021 à 10:31

C'était l'une des propositions phare du rapport Sichel , remis au gouvernement le 17 mars 2021, pour massifier la rénovation thermique des logements en France. Elle a été intégrée via un amendement à la loi Climat et Résilience, adoptée le 17 avril en première lecture à l'Assemblée nationale . Un nouveau métier va naître : celui d'accompagnateur rénov'.

Agréé par l'Etat - selon des conditions à définir par décret , celui-ci sera chargé d'épauler les propriétaires immobiliers de A à Z dans leur démarche de rénovation. Et cela gratuitement. « Concrètement, l'accompagnateur vous dira quels travaux réaliser ; il vous aidera à monter un plan de financement, à obtenir des aides publiques et à souscrire un prêt pour financer le reste à charge ; il vous conseillera sur le choix des artisans, s'assurera de la qualité des travaux », a expliqué la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, devant les députés.

Coup de sang des architectes

Grâce à cet accompagnement, l'idée est aussi d'inciter les particuliers à se lancer dans une rénovation globale plutôt que dans une « rénovation par gestes ». Et d'éviter les arnaques dont ont pu être victimes un certain nombre de propriétaires, sur l'isolation des combles à 1 euro, par exemple. Une offre qui prendra d'ailleurs fin au 1er juillet prochain .

« Cette disposition est un peu étonnante, car des accompagnateurs, sur le terrain, il y en a déjà », réagit Pierre Hautus, le directeur de l'Union nationale des propriétaires immobiliers (Unpi), qui cite pêle-mêle les conseillers Faire du gouvernement - une plate-forme dédiée aux propriétaires née en 2019 , ceux du mouvement associatif Soliha, les syndics, les clubs de propriétaires. « S'agit-il de créer une nouvelle patrouille ou d'agréer les accompagnateurs qui existent déjà ? », s'interroge-t-il.

Et quid des architectes ? Ils peuvent bien sûr être accompagnateurs, à condition qu'ils traitent aussi de l'aspect administratif et financier des dossiers, s'est empressé d'indiquer le ministère après le coup de sang du Conseil de l'Ordre.

« Cet accompagnateur [rénov', NDLR] existe, c'est l'architecte, dont près de trois mille sont inscrits sur la plate-forme Faire et les seuls à même d'avoir une approche multicritère intégrant les questions d'énergie, d'écologie, de fonctionnalité, de santé et de valorisation du patrimoine », avait-il fait valoir après la publication du rapport Sichel. Il avait aussi mis en garde contre la tentation de « recouvrir nos bâtiments de plastique et de polystyrène », sous couvert d'accélérer la rénovation énergétique des logements.

Améliorer le cadre fiscal

En fait, indique-t-on dans l'entourage d'Emmanuelle Wargon, la ministre déléguée au Logement a une acceptation large de qui pourraient être ces accompagnateurs rénov' - associations, cabinets d'architectes, ou entreprises délégataires des CEE, ces certificats d'économies d'énergie financés par les distributeurs d'énergie et de carburants.

La création de l'accompagnateur rénov' aurait ainsi l'avantage de créer un « label » plus facilement identifiable par les Français. Reste que « des clarifications sont nécessaires », estime Pierre Hautus. Et « ça ne sera pas suffisant pour massifier les travaux de rénovation. La meilleure des aides, c'est de créer un cadre fiscal et réglementaire favorable », estime-t-il.

« La formation des artisans est un point essentiel un peu oublié, juge de son côté Marina Offel de Villaucourt, responsable des affaires publiques d'Hellio, une entreprise CEE candidate à l'agrément accompagnateur rénov'. Il est aujourd'hui très difficile de trouver des artisans qualifiés et qui savent travailler ensemble pour une rénovation globale. »

Examen par les sénateurs

La Capeb, la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment, a aussi fait part de quelques inquiétudes. « La création des accompagnateurs de la rénovation énergétique est une bonne idée car les dispositifs d'aide sont effectivement complexes. » Mais, insiste-t-elle, « leur champ de compétence ne doit pas empiéter sur celui des maîtres d'oeuvre et entreprises du bâtiment ».

La Capeb se dit en outre « totalement opposée » à ce que ces accompagnateurs « préconisent des travaux ou sélectionnent des entreprises ». Les sénateurs, amenés à examiner la loi Climat après les députés, vont pouvoir participer au débat.

Un amendement pour densifier les lotissements

Pour lutter contre l'artificialisation de nouvelles terres, il faut densifier les zones déjà construites. Un amendement à la loi Climat propose ainsi de faciliter de nouvelles constructions au sein des lotissements pavillonnaires, en autorisant une subdivision de lots à la majorité simple, et non plus qualifiée, des colotis. Il s'agit « d'accompagner la démarche Construire au fond de mon jardin », a indiqué à l'Assemblée la députée Sandra Marsaud, à l'origine de cette proposition. Elle a cité en exemple une expérimentation déjà menée à Périgueux qui a « permis de récupérer une centaine de lots ».

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