Fin de la trêve hivernale: 30.000 ménages sont menacés d’expulsion

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Ils étaient environ un millier dimanche à Paris à manifester contre la reprise des expulsions locatives mardi. Ce 1er juin, c’est en effet la fin de la trêve hivernale que le gouvernement avait prolongée de deux mois en février dernier. Ce coup de pouce ne satisfait pas les associations qui déplorent une «paupérisation des locataires, une hausse des loyers et une baisse des revenus». Pour tenter de limiter la polémique, la ministre du logement a demandé aux préfets, en charge des expulsions locatives, de les échelonner jusqu’en 2022, selon une instruction qui leur a été adressée fin avril (voir ci-dessous).

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L’objectif est de «réduire le nombre des dossiers de concours de la force publique à exécuter à l’issue de la trêve» et de «prioriser» les expulsions. Ce sont environ 30.000 ménages qui seraient menacés d’expulsions dès ce mardi, «soit deux fois plus qu’avant l’épidémie», selon la Fondation Abbé Pierre. En 2020, seulement 3500 personnes ont été expulsées de leur logement, selon Nicolas Démoulin, député LREM de l’Hérault qui a publié un rapport sur le sujet en février dernier. Un chiffre en baisse de 79 % par rapport à 2019, en raison de la prolongation de la trêve hivernale du fait du Covid-19.

Ne pas «léser les petits propriétaires»

Les 12.000 à 13.000 ménages qui n’ont pas été expulsés risquent de l’être avec la fin de la trêve hivernale. Un contingent qui viendrait s’ajouter aux 16.000 à 17.000 mises à la rue chaque année en raison de loyers impayés. «C’est un vrai scandale humanitaire de ne pas avoir prolongé la trêve hivernale!, s’insurge Eddie Jacquemart, président de la Confédération nationale du logement. Avec cette circulaire, la ministre veut se donner bonne conscience. Mais la plupart des locataires seront mis dans des centres d’urgence où les gestes barrière ne sont pas respectés. Il faut maintenir les locataires dans le logement jusqu’à une solution leur ait été trouvée».

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Emmanuelle Wargon a également prévenu les associations de locataires qu’il n’y aura pas d’«année blanche» en matière d’expulsions. La ministre ne souhaite pas «léser les propriétaires, notamment les petits qui comptent souvent sur la perception de leur loyer pour vivre». Le député Démoulin décrit, pour 85 % des bailleurs privés, des «gens relativement modestes, sensibles à la soutenabilité des charges (emprunts et entretien de copropriété) et donc très exposés aux impayés de loyers».

Reloger à tout prix les locataires!

Pour les locataires qui seront expulsés, la ministre promet qu’une solution de relogement ou à défaut, d’hébergement leur sera proposée. «Il faut reloger à tout prix les locataires expulsés et non plus les héberger, s’inquiète Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre qui redoute que les préfets n’agissent pas dans ce seul but et applique l’instruction en fonction de l’offre disponible localement. Le secteur de l’hébergement est saturé. Il faut éviter la catastrophe sociale, l’horreur psychologique que constitue le basculement vers un centre d’hébergement. Et si ce n’est pas possible, les locataires doivent être maintenus dans leur logementle temps de trouver une autre solution».

Dans ce cas-là, le gouvernement promet d’indemniser les propriétaires. Le fonds sera augmenté en juillet pour atteindre 37 millions d’euros. On est loin des 78 millions d’euros dont il était doté il y a 15 ans. «Il faut plus augmenter ce fonds. Le “quoi qu’il en coûte” doit aussi s’appliquer aux petits propriétaires», estime Eddie Jacquemart. C’est toute la difficulté de satisfaire les uns sans mécontenter les autres. «450.000 HLM sont attribués chaque année. On doit pouvoir trouver une solution pour reloger 30.000 ménages», rétorque Christophe Robert.

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