Précarité : la Fondation Abbé Pierre salue "un jour historique" après l'annonce par EDF de l'arrêt des coupures d'électricité pour impayés

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EDF a annoncé vendredi qu'elle ne couperait plus l'électricité en cas d'impayés tout au long de l'année : "Un pas en avant vers la dignité", se félicite vendredi Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre. 

"C'est un jour historique, une vraie réussite, un pas en avant" pour les plus précaires, salue vendredi 12 novembre sur franceinfo Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, après l'annonce par EDF de l'arrêt des coupures d'électricité pour ses clients en situation d'impayés durant toute l'année. Celles-ci sont déjà interdites depuis 2008 et pour tous les fournisseurs d'électricité depuis l'adoption d'une loi sur la trêve hivernale. En lieu et place de ces coupures, l'entreprise réduira la puissance fournie à ces clients, de façon à garantir un service minimum tout en les poussant à régler leurs factures.

En 2019, 280 000 foyers ont été privés d'électricité pour impayés, tous fournisseurs confondus, selon le médiateur national de l'énergie. Ce dernier, Olivier Challan Belval, a défendu ce mercredi devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale la mise en place d'un "droit à une alimentation minimale en électricité" pour les foyers les plus précaires. Manuel Domergue appelle ainsi les autres fournisseurs d'électricité à suivre l'exemple d'EDF.

franceinfo : La Fondation Abbé Pierre réclame la fin des coupures d'électricité, quelle que soit la saison, depuis plusieurs années. EDF va donc dans le bon sens ?

Manuel Domergue : C'est un jour historique, une vraie réussite pour des millions de ménages qui vivent avec l'épée de Damoclès en cas d'impayés, de ne plus avoir de lumière et donc d'électricité. Ça veut dire que c'est fini, ils auront toujours de la lumière, quoi qu'il arrive. De quoi recharger son téléphone, son ordinateur, de quoi conserver des aliments ou des médicaments au frais. Donc, c'est un jour très important. Évidemment, ce n'est pas une victoire qui va régler tous les problèmes. Mais on a l'impression d'avoir quand même fait un pas en avant dans la dignité. Mais cela ne concerne que les deux tiers des ménages. Il faut aussi que les autres fournisseurs d'électricité s'engagent, et pour eux, ce n'est pas un effort financier très important. Car au final, les ménages qui se voient déjà appliquer une réduction de puissance au lieu d'une coupure régularisent leur situation, comme quand on leur coupe le courant. C'est déjà un signal assez important pour un ménage d'avoir une réduction de puissance. C'est vraiment pas le luxe de vivre avec 1 000 ou 2 000 watts.

On ne peut pas se chauffer avec 1 000 ou 2 000 watts ?

C'est vraiment une mesure minimale, et c'est pour cela que je dis que ce n'est pas non plus une victoire extraordinaire. C'est le minimum que la société doit à chacun, bons ou mauvais payeurs. Quoi qu'il arrive, une couverture minimale d'électricité, un service minimum. Effectivement, on ne peut pas se chauffer, quand on a un chauffage électrique, avec 1 000 ou 2 000 watts. Il y a aussi beaucoup d'appareils électroménagers qui demandent de la puissance, et qui ne pourront pas marcher. C'est donc quand même une punition qui reste forte. Et c'est aussi pour dire que les personnes ne seront pas déresponsabilisées, si jamais il y avait cette crainte. Aucune personne qui a les moyens de payer sa facture d'électricité ne va s'amuser à rester avec 1 000 watts, parce qu'on ne vit pas bien avec.

Comment pousser les autres fournisseurs à suivre l'exemple d'EDF ? Faut-il une loi instaurant un droit d'accès minimal à l'électricité ?

Aujourd'hui, il y a deux fournisseurs qui ne coupent plus l'électricité. Un tout petit fournisseur, Plüm énergie [qui revendique 90 000 clients], et maintenant EDF. Si les autres ne veulent pas y aller, il n'y a que la loi qui peut les y amener. La semaine prochaine, nous avons une réunion organisée par le ministère de la Transition énergétique, avec les fournisseurs, Enedis et la Fondation Abbé Pierre. Le sujet sera sans doute abordé. Après, on peut penser que l'effet d'entraînement d'EDF va peut être amener les autres fournisseurs, à la fois pour des raisons d'image, et puis aussi pour des raisons commerciales, à suivre l'opérateur historique. Peut-être que des ménages vont aller chez EDF plutôt que chez les fournisseurs concurrents parce qu'ils savent qu'en cas de pépin, EDF ne leur éteindra pas la lumière.

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