Opinion | Va-t-on vers un retour des subprimes ?

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Publié le 24 févr. 2021 à 6:00

Les crédits subprimes sont de retour. Renommés nonprimes et destinés comme auparavant à faciliter l'accès au logement des plus démunis, ils constituent l'élément central de la politique de logement social poursuivie depuis plusieurs dizaines d'années aux Etats-Unis.

C'est ainsi que Fannie Mae, l'agence fédérale américaine chargée de gérer ce dispositif a pu rappeler fièrement sur son site il y a quelques semaines le lancement de nouvelles créances hypothécaires titrisées MBS (mortgage-backed security) verts, soulignant ainsi une orientation écologique pour le moins inattendue.

Le coeur nucléaire de la crise

Le plus étonnant à cet égard est précisément le maintien de Fannie Mae au centre du système, alors que la responsabilité de cette agence dans la crise des subprimes est avérée. Il est vrai que sa dissolution aurait porté atteinte à la réputation du ministère fédéral du Logement, son autorité de tutelle, révélant son contrôle défaillant et surtout son incapacité à maîtriser le problème de la garantie publique des titres émis par Fanny Mae.

Car c'est bien là qu'il faut voir le coeur nucléaire de la crise de 2008. Les titres MBS construits à partir de blocs de crédits subprimes achetés par Fannie Mae aux banques étaient revendus à différents acheteurs, des fonds notamment. Ces derniers mélangeaient les MBS avec d'autres titres pour finalement proposer aux investisseurs les fameuses obligations subprimes.

Leur succès phénoménal reposait sur l'effet MBS, lequel dopait la rentabilité des obligations résultantes et en diminuait le risque. Les titres MBS offraient en effet un rendement élevé, reflet des taux d'intérêt payés par les emprunteurs subprimes et bénéficiaient par ailleurs de la garantie de Fanny Mae, assimilée à une garantie publique. La garantie fédérale était considérée comme implicite du fait du statut particulier de Fanny Mae, une Government Sponsored Enterprise, entité mixte cotée à Wall Street et bénéficiant de la garantie de l'Etat fédéral pour son financement.

Faillite de Lehman Brothers

Dès 2006, le retournement du marché immobilier a déclenché les premières expulsions des emprunteurs subprimes dont la valeur du logement devenait inférieure aux crédits accordés. C'est alors que sont apparus les doutes sur la garantie réelle des MBS émis par Fannie Mae pour un montant qui dépassait alors les 5.000 milliards de dollars.

Les événements se sont précipités en 2008 après les décisions fédérales quasi concomitantes de placer Fannie Mae en tutelle et surtout, de ne pas empêcher la faillite de Lehmans Brothers.

Le problème n'était pas tant la dégradation du risque des MBS que leur intraçabilité dans le portefeuille des investisseurs, et donc la perte de confiance, le blocage des transactions et l'effondrement brutal des actifs concernés dans les bilans des fonds et des banques, en application de la règle de la market value.

La suite est connue et notamment le blocage des marchés interbancaires faute de confiance mutuelle des intervenants, forçant les autorités monétaires nationales à prêter directement aux banques pour couvrir leurs besoins de liquidités.

Le dénigrement des banques

Une intervention mal interprétée par l'opinion qui a confondu crédit et renflouement, même si effectivement quelques banques systémiques ont dû être sauvées. Que plus de 300 autres banques aient fait faillite aux Etats-Unis par exemple, ne changeait rien à l'affaire..

Il faut se rappeler par ailleurs le procès médiatique fait aux agences de notation confrontées à la dégradation subite de la qualité des acteurs économiques concernés et accusées de ne pas avoir pris antérieurement l'exacte mesure des risques.

Nous devons à ces erreurs de diagnostic l'installation malheureuse et durable dans l'opinion d'une perception négative de la finance et notamment le renforcement du dénigrement des banques qui nuit à notre économie. Là est sans doute, aujourd'hui encore, l'impact le plus grave de la crise des subprimes que seule une pédagogie appropriée et patiente serait à même de corriger.

Alain Lemasson est fondateur du site INFOFI2000.com

Fannie Mae promeut sur son site le lancement de nouvelles créances hypothécaires titrisées MBS, celles-là mêmes qui sont à l'origine de la crise des subprimes de 2008.

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