Ces propriétaires qui vendent leur passoire thermique plutôt que de la rénover

Il y a 1 semaine 24

«Je ne veux pas faire les travaux nécessaires pour améliorer la performance énergétique de mon logement car ils vont me coûter trop cher et ne me rapporteront pas assez». Ce témoignage d’Alain, la cinquantaine, vivant à Nantes et possédant une «passoire thermique» (logement le plus énergivore, classé F ou G sur le diagnostic de performance énergétique, au nombre de 4,8 millions en France selon le gouvernement), beaucoup de propriétaires le partagent.

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Le financement des travaux et le peu de retour sur investissement sont, en effet, les deux principaux freins à la rénovation énergétique de leur logement, avancés par près de 40% des quelque 3000 bailleurs sondés par l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI). Une tendance que confirme un autre sondage réalisé par cette même UNPI en avril dernier: environ 60% des propriétaires se disaient concernés par l’interdiction de location des passoires thermiques mais seulement 30% ne prévoyaient pas de faire les travaux nécessaires.

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+72% des mises en vente à Paris en un an!

Or, une menace bien encombrante pour ces propriétaires désireux de continuer à louer leur bien, se rapproche. Dès 2023, les «pires» passoires thermiques (90.000 logements en France) ne pourront plus être mises en location, comme le prévoit une disposition de la loi Climat de 2019 que n’a pas abrogée celle de 2021, promulguée au Journal officiel le 24 août dernier. Une interdiction qui se prolongera à compter de 2025 pour l’ensemble des logements classés G puis en 2028 pour les F et 2034 pour les E, selon la loi Climat et Résilience. Et du coup, plutôt que de rénover leur logement, beaucoup de propriétaires préfèrent les mettre en vente. Avec le risque de voir leur bien dévalué s’il est mal isolé, comme l’ont constaté les notaires de France dans leur dernière étude.

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Le nombre de «passoires thermiques» mises sur le marché, a ainsi grimpé pour 23 des 40 villes passées au crible par le site SeLoger ces 12 derniers mois. C’est à Rennes que l’envolée est la plus forte: +74%. Suivent Paris (+72%) et Nantes (+70%). Trois villes où les prix ont fortement grimpé ces dernières années - et continuent pour les deux villes de l’ouest de la France - et où la rentabilité des bailleurs est mise à mal. Ce phénomène touche une grande partie de l’Hexagone. À Lille, les mises en vente de «passoires thermiques» ont grimpé de 41% sur la même période, de 43% à Lyon et à Toulouse, de 27% à Bordeaux et à Aix-en-Provence. «Près de 8 acheteurs sur 10 s’intéressent au DPE avant de visiter un logement et l’utilisent pour négocier le prix», affirme Séverine Amate, porte-parole de SeLoger.

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Mais les grandes métropoles ne sont pas les seules concernées. Les villes moyennes aussi: +66% au Havre (76), +56% à Argenteuil (95), +52% à Angers (49) ou encore +38% à Boulogne-Billancourt (92). De quoi faire craindre aux professionnels de l’immobilier des fortes tensions sur le marché locatif. «Et si demain 1 million de locataires recevaient un congé pour vente? Où iraient-ils se loger? C’est une course contre la montre», s’inquiète Jean-Marc Torrollion, président de la Fédération nationale de l’immobilier.

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